La maison de vie

Bienvenue chez Mr Bouch', Gabichou, Le Nain et Lamousmé...

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Lieu : France

vendredi, avril 11, 2008

Le juke-box de Mr Bouch'

Alors que ce soir nous allons au concert de tonton Benj' , Mr Bouch' saoule sa mère (totalement consentante quand il s'agit de jeuns' je vous rassure ;o) ) avec ce morceau des BB brunes :

vendredi, avril 04, 2008

Noir c'est noir...


Mais comment en suis-je arrivé là ?
Depuis quelques semaines la question m'obsède...Après avoir refermé (difficilement) les 3 opus de Stephanie Meyer si bien nommés, Fascination, Tentation et Hésitation, je cherche à dénouer les fils entremêlés qui m'ont conduit à adorer cette série, sommes toute banale littérairement parlant (et je gage que la traduction parfois poussive n'a rien arranger dans ce domaine).
Pourtant pas de doute, je me suis totalement laissé embarqué , happé, même par cette romance vampirique, au point d'en rester éveillé la nuit et d'être à l' apogée de ma "midinettude", à l'instar de mes clientes adolescentes!!!

Or tout est lié...
Année 1983, 5 ème F du collège Jean Lurcat d' Achères , notre professeur de français nous donne à étudier la pièce de Victor Hugo, Hernani.La bataille des "anciens" contre les "modernes" m'enchante, les romantiques m' enivrent...me voila lancé dans mon meilleur rôle jamais interprété: Melle mars préparant la pièce et qui face à son auteur refuse de déclamer la fameuse" tirade du lion".
Un véritable triomphe pour mon égo et pour cette scènette tiré des mémoires de Dumas et joué en classe , histoire d'illustrer le propos et de rendre le cours plus "intéressant" !!!!
Me voilà lancé...désormais je serais metteur en scène et bien entendu je ne jure plus que par les romantiques!!!
De fil en aiguille j'explore toute la littérature française du 19 ème siècle (désormais Mon siècle!!!!) et je tombe sous le charme d'Alfred de Vigny, en particulier de sa somptueuse et ô combien romanesque pièce: Chatterton.
La misère du génie, le suicide du poète... de quoi hanter mes nuits d'adolescente à jamais...(j'en ferais d'ailleurs le sujet de mon film de fin d'étude pour le bac A3 cinéma!!!!)
C'est au cours de mes recherches que je tombe un jour sur une reproduction du tableau de Wallis," la mort de Chatterton" et que j'entre de plein- pieds dans le monde fabuleux des préraphaelites. Vous connaissez la suite!!!! :o)))
En parallelle je tombe amoureuse (vous savez le fameux premier grand amour!!!) d'un fou de musique et qui me fait découvrir avec ravissement un groupe encore inconnu en France : The Cure.
Me voilà oscillant dangereusement entre courant romantique, préraphaélites et ...." batcave"!!!!
Avouez que pour une rousse, difficile de trouver plus séduisant qu'une panoplie totalement noire pour faire ressortir votre teint cadavérique et le feu de vos cheveux!!! (mes parents en rigolent encore!!!).
Le gothique me tends alors les bras...
A seigneur tout honneur je vais bien entendu commencer par...une femme!!!
Amoureuse comme il se doit du poète Percy B. Shelley et fasciné par le personnage flamboyant de Lord Byron je m'abreuve de leur écrits et connais bien l'histoire de leur exil sur les rives du lac de Genève et de la fameuse soirée qui allait engendrer l'un des plus grand mythe gothique...
C'est, en effet, suite à une visite de Matthew Lewis (éminent auteur du "moine") venu amuser l'assemblée composé de Byron, Claire (sa maitresse scandaleuse), le Dr Polidori , Shelley et Mary Wollstonecraft (pas encore Shelley!!!) en racontant des histoires gothique, que la petite société se lança dans un concours d'écriture d'histoires de fantômes...et que la très réservé Mary imagina le célèbre Frankenstein.
Alors bien sur j'entends d'avance les cris horrifié des spécialistes qui ne manqueront pas de me faire remarquer qu'historiquement parlant le roman noir anglais dit "gothique" appartient à la seconde moitié du 18 ème siècle avec la parution en 1767 du "Château d'Otrante "d'Horace Walpole.
Soit. Autant intégrer Watherhouse aux préraphaélites...^^
Si Frankenstein fait incontestablement partie de la veine noire et fantastique du romantisme , le rattacher ainsi au mouvement gothique peu sembler "léger", mais il est parfois difficile ,voir impossible de fixer les limite d'un genre . Inutile cependant de nier l'influence de ce genre, souvent mal connu , dans toute la littérature européenne. Et pour s'en persuader, il vous suffit de lire deux magnifiques ouvrages sur la question , "Le roman gothique anglais" de Maurice Lévy et "Les châteaux de la subversion" d'Annie Le brun" histoire d' en saisir toute la singularité, la force et...la subversion précisément!!!

Mais revenons-en à nos moutons...noirs!!!
S'il est vrai donc , que Frankenstein porte en lui tout les archétypes du courant gothique :goût de la nuit et du macabre, paysage sublime et effrayant, poésie de la méditation nostalgique, héros rebelle se dressant contre la tyrannie divine (sorte de mixte entre Prométhé et Faust) sans oublier, la jeune fille pure et innocente soumise à la persécution.... ma première véritable incursion dans le monde gothique se fit avec la lecture coup sur coup de Lewis et de son " moine" et d'Ann Radcliffe et "Les mystere d'Udolphe".
Brillante idée si l'on en croit l'avis connaisseur et admiratif du marquis de Sade qui dans son analyse du mouvement les cite tout deux comme piliers de ce genre littéraire!!!
J'en retiendrai une impression générale de "précipice au milieu du salon" comme l'écrit si bien Annie Le brun, qui m'encouragera à poursuivre dans la "noirceur"et finalement à m'ouvrir un peu plus grande les portes de l'imaginaire. Je poursuivis ensuite avec "Vathek" de William Bedford et" Le manuscrit trouvé à Sarragosse "de Jan Potocki.
Pour le politicien et philosophe Edmund Burke dans sa"recherche philosophique sur l'origine de nos idées du Sublime et du beau" deux ideaux s'affrontent: d'un part le beau, conventionnel , qui nous attire en combinant ordre et culture classique et d'autre part le "sublime" , violent effrayant et captivant, concept associé par la suite à la culture gothique. Nul doute que je me suis vite retrouvé d'un seul côté de la barrière!!!
De Nodier à Hoffmann en passant par Poe ,Barbey d'Aurevilly, les soeurs Brontë, Wilkie Collins , Feval, Sue , Henry James et tant d'autres...le souffle gothique planait désormais au dessus de mes lectures...
Or, pour citer Maurice levy ..."les dates du roman" gothique " coïncident trop exactement avec celles du romantisme pour qu'il puisse s'agir seulement de fortuites correspondances"
Me voici me consumant dorénavant pour un autre genre de héros , découvert au travers de mes pérégrinations littéraires : le vampire!!!!

Le vampire(phillip burne-jones)


Après "le vampire" de Polidori (fameux compagnon des Shelley et de Byron), la belle Clarimonde (dans "la morte amoureuse" de Gauthier) et "Carmilla" (de Sheridan Le fanu) voilà que Bram Stocker ( le "maitre" ^^) donne un "rang" une dimension historique même à cette créature hautement fantastique ...le vampire porte désormais un nom :Dracula
Le "plus beau roman du siècle"selon Oscar Wilde ne pouvait qu'être écrit par un irlandais si l'on en croit le formidable essai de Claude Fierobe "de Melmoth à Dracula, la littérature fantastique irlandaise au XIX ème siècle".Toujours est-il qu'il lui donna ses lettres de noblesses.
Depuis ,de nombreux auteurs se sont emparé du mythe, chacun enrichissant et diversifiant le thème vampirique, j'en retiendrais quelques uns comme Matheson ("je suis une légende") Saberhagen (les confessions de Dracula) , Poppy Brite (Ames perdus) et bien entendu Anne Rice avec ses fabuleux personnages torturés.
N'y a t 'il de héros plus romantique que cette créature de la nuit, obligé de cacher sa véritable nature , rongé par la solitude et tourmenté par son "fardeau d'éternité", pourtant rêve si cher à l'homme ???
Comment voulez-vous après ça que je résiste devant Angel ou Spike???? mouhahahahahaha
Le plus étonnant reste sans doute le fait que, bien que la littérature gothique anglaise ne soit plus beaucoup lu aujourd'hui, elle réapparait toujours miraculeusement par touche ici ou là.
Voyez la vague Austen qui regne aujourd'hui sur les blogs et qui de fait entraine ces lectrices à la suite du pastiche "Nortanger Abbey ", à redécouvrir Ann Radcliffe...
De même que le terme préraphaélite (certes souvent galvaudé) est désormais connus de tous, le mot " gothique "est régulièrement accolé (a tord ou a raison) à des oeuvres dont la noirceur nous semble être l'apanage même du mouvement.
La" culture goth" courant musical des années 80 n'en fini pas de mourir et de ressusciter (à l'image des immortels vampires) et continu de propager son message de subversion et de réinvention histoire de "voir le monde à travers une vitre enfumée" selon les propres mots de Sheridan Le Fanu.
De même la mort cette année de notre dernier grand auteur français Julien Gracq nous permet de redécouvrir son oeuvre et de se convaincre en lisant son "Château d'Argol" que le roman gothique sous forme plus moderne est encore très présent.
Il suffit aussi de constater avec quelle engouement la trilogie de Mervin Peake, Gormenghast est désormais saluer, l'adaptation de la BBC relançant la mode outre-atlantique pour comprendre que la noirceur et la décadence à la Oscar Wilde sont toujours prisés.
Tim Burton et son brillant Sweeney Todd (après avoir déjà adapté "Sleepy Hollow") ne s'y est pas trompé.
Après avoir refermé la trilogie Meyer je me suis aussitôt replonger dans une oeuvre gothique que j'avais totalement délaissé à l'époque et qui précisément marque la fin historique du courant gothique: Melmoth de Charles Maturin ( malheureusement épuisé chez Corti)
Il est impossible de raconter le livre tant il fourmille de personnages de scènes d'intentions et sous entendus...mais il me semble aujourd'hui être la meilleure preuve de la singularité et de la beauté du courant gothique. L'architecture extrêmement complexe (contrairement aux autres oeuvres de ce genre) lui donne une force particulière qu'il m'aurait sans aucun doute été incapable d'aborder dans mes jeunes années.
En refermant le l'ouvrage j'ai eu la sensation d'avoir fait un voyage commencé il y a bien longtemps, et cette impression persistante d'un fil qui me guide est très étonnante.
bien entendu je n'ai pas la prétention d'avoir tout lu sur le sujet et je sais que ça et là tout au long de mon chemin je rencontrerais d'autres ouvrages imprégné par le gothique, mais en posant les yeux sur la dernière page de Melmoth, assise là dans un canapé de Neverland, entouré d'oeuvres qui me sont chères et dont j'aime à croire que la presence ne doit pas forcément être courantes dans d'autres palais de la lecture, je ne peux m'empêcher de sourire et de me dire que finalement... oui...tout est lié!!!


Lamousmé

PS: ce petit billet n'est qu'une première approche d'un genre qui vaut vraiment que je m'y attarde plus longtemps...dans le futur!!! ;o)