Possession

Je vous le dis tout net ce billet m'a pris des siècles!!!!
Il en va toujours ainsi lorsque je tente de parler d'œuvres qui me sont chères et qui par extraordinaire se retrouve impliquées dans ma vie de façon si romanesque que l'histoire en elle-même mériterait aussi un livre...
Pour commencer voici un roman incroyablement riche, dense et foisonnant d'allusions littéraires (anglaises ET du 19 ème sicle!!!) écrit par une enseignante à Cambridge (excusé du peu) et qui obtient le Booker Price (équivalent anglais de notre Goncourt) en 1990.
Impossible pour moi de passer à côte avec un tel CV me direz-vous... et pourtant...
Certes ce livre faisait parti de mon incommensurable Pal (pouvait-il en être autrement ?) mais il y serait sans doute encore aujourd'hui si la magie des découvertes bloguesques ne s'en était mêlée...
La rencontre pleine de grâce et de coïncidences avec ma chère Florizelle suivi d’une magnifique lettre d'elle évoquant ma passion pour Rossetti, réveilla en moi l'intérêt pour ce roman qu'elle jugeait "évident" dans mes lectures. Je lui dédie d'ailleurs ce billet, bien pauvre témoignage de toute mon admiration et mon amitié.
Je m'empressais alors de dévorer l'œuvre d'Antonia S. Byatt. Et bien entendu, je ne fus pas déçue. Cette histoire passionnante mêlant deux intrigues, l'une moderne et l'autre victorienne nous happe littéralement. Et s'il y a bien "Possession», c'est par l'obsession que l'on peu ressentir des les premières pages , à connaître le fin mot du "mystère" des brouillons de lettres enflammées de l'éminent poète victorien Randolph Henry Ash devant lequel nous place d'emblée l'auteur. L'avidité du jeune étudiant Roland Michell à découvrir la destinataire de ses missives brûlantes me contaminera d'ailleurs dès les premières pages au point de faire un charmant lapsus et de nommer plusieurs fois le roman "Obsessions" (avec un S s'il vous plaît) et non "Possession"...
La richesse de ce livre est bien sur d'emmener les lecteurs à la fois sur deux niveaux de lectures présent et passé, en mélangeant genre littéraire et styles. Ainsi s'intercalent tout au long de l'œuvre romanesque, des fragments de brouillons de lettres, des poèmes de longueurs diverses, des contes en proses, une correspondance amoureuse, des légendes en vers, de longs monologues, des fragments de journaux intimes et tout un tas d'autres textes encore. L'effet immédiat est que A. S. Byatt rend ainsi "véritable" l'existence du grand poète Ash et de la merveilleuse Christabel La Motte (poétesse et correspondante secrète du "grand homme") en brossant une parfaite reconstitution historique victorienne. A tel point qu'en fermant le livre on se surprend à "croire" en l'existence de ces deux personnages !
Et même si les passages parfois ardus des poèmes( pour un lecteur de roman surtout car parfois plusieurs chapitres sont entièrement écrits en vers) peuvent surprendre au départ, c'est précisément dans ce mélange de fiction romanesque et poésie fictive que réside la grande force du roman. A la fois roman universitaire, par les recherches du jeune Roland Michell fervent admirateur d'Ash et celles de son alliée Maud Bailey, universitaire spécialisé dans l'étude de texte de La Motte, roman de quête, celle très victorienne d'Ash et celle moins conventionnelle pour l'époque de La Motte , voir roman policier avec chasse au trésor de pistes et d'indices... ce livre tient en haleine jusqu'à la dernière page.
Dire que le livre m'a plu serait un euphémisme... plus simplement, et exactement comme l'avait pressentie Florizelle je m'y suis retrouvée. J'étais dans mon monde (littéraire et artistique anglais du 19eme et même un petit détour chez mes ancêtres bretons) partout fleurissaient des références chéries (l'enterrement des lettres , le suicide à la Virginia Woolf...) chaque personnage me touchait infiniment (pas seulement les 4 principaux mais aussi les plus discrets comme la femme d'Ash , la malheureuse Blanche Glover ou la cousine Sabine de Kercoz) et deci-delà je me retrouvais face à des citations réelles ou fictives me ramenant en permanence à mes compagnons de route habituels(Shakespeare, Robert Browning, Christina Rossetti, Keats , Emily Dickinson,Tennyson ,Milton...) Mélusine et Proserpina, survolant féériquement tout ce petit monde.
Bien sur il serait inutile de nier qu'un attachement special me lie désormais à Christabel La Motte, mais vous en dire plus serait me dévoiler complètement (si cela est encore possible ! ;o) ) Sachez cependant qu'elle est rousse et d'origine bretonne et vous comprendrez pourquoi je me retrouve tellement dans cette poétesse féministe et muse secrète d'un grand homme de son siècle...
Une fois le livre refermé on pourrait penser que l'histoire s'arrête là...
Cependant étant donné la richesse de ce roman (une deuxième lecture ne peut qu'être vivement conseillée pour en appréhender les différents niveaux) il est très difficile de s'extirper facilement de cette atmosphère (d'autant que j'y resterais volontiers l'éternité !) . De plus je ne me doutais pas une seule seconde que quelqu'un oserait s'atteler à une adaptation cinématographique. C'est au hasard de mes ballades quotidiennes chez mes "collègues de blogs" que je tombais sur la superbe critique du livre chez Gachucha (à qui je dédie cette seconde partie de l'histoire ;o) ).
Là à ma grande surprise elle m'informa d'un film tiré du roman, qu'elle avait vu et qu'elle ne trouvait pas très bon mais qu'elle conseillait quand même par curiosité. J'avoue que ma première réaction fut d'ignorer l'information (impossible de voir un tel film après ce livre !)
Mais la vie en avait décidé autrement...
Le soir même lors d'un dîner familial, alors que le sujet "Possession" venait d'être abordé, mon petit frère adoré le fameux tonton Benj de Mr Bouch', se souvint avoir vu le film et l'avoir quant à lui, trouver plutôt bon. Il faut savoir déjà que ce genre n'est point du tout prisé par l'énergumène en question , plus fan habituellement de Tarantino ou des films généralement taxer de films indépendants ( grâce à lui j'ai ainsi découvert avec plaisir un film comme "Mémento" mais ceci est une autre histoire...). Cependant une certaine Keira Knightley avait su le ramener dans le giron familial et lui faire apprécier (que dis-je adorer !) des films comme "Orgueil et préjugé "ce qui lui redonnait toute crédibilité. Il faut avouer que cette fois-ci la tentatrice était Gwyneth Paltrow dans le rôle de l'universitaire Maud Bailey : o).
Autant dire que ma curiosité était aiguisée... et, vous me croirez si vous le voulez mais, le soir même, dans mes mails je trouvais un charmant mot de cette chère Gachucha qui me proposait de me prêter le dvd !!!
Le long fil argenté de la toile continuait à se dérouler...
Très peu de temps après je découvrais donc dans ma boite aux lettres le fameux envoi, plein de promesse et d'interrogation. Et là je tiens à faire une pause dans ce récit très romanesque pour louer la gentillesse et la spontanéité de Gachucha qui m'a particulièrement émue par sa générosité naturelle !
Je mis quand même un certain temps à visionner le film, sans doute pas peur (bien que je décida longtemps par avance que je n'en attendrais rien, histoire de ne pas être déçue...) encouragé, parallèlement par ma douce Florizelle, avisé du prêt, et ( je vais trahir un secret j'espère qu'elle ne m'en voudra pas), grande admiratrice du très séduisant Aaron Eckhart dans le rôle de Roland Michell.
Alors certes le réalisateur Neil La bute (réalisateur américain contrairement à ce que son nom laisserait supposer) s'est permis quelques raccourcis, avec une telle œuvre il ne pouvait en être autrement, à changé en Yankee ledit Michell (normalement anglais populaire), et surtout
coupa les poèmes d'Ash et Christabel ainsi que les discours sur la société et la politique victorienne, et ajouta des dialogues signés de sa propre plume, traduisant ainsi ses pensées singulières sur le couple et la sexualité...
Mais figurez-vous que le film se tient... et plutôt bien même selon mon avis !!!! Bien entendu les mauvaises langues diront que je ne pouvais être objective dès le moment ou le réalisateur avait choisit de donner un aspect très préraphaélite aux scènes historiques, allant même jusqu'à utiliser un tableau de Rossetti pour illustrer la peinture de la compagne de Christabel... Peut être ;o) Mais on ne se refait pas!!!


J'ai aimé aussi énormément les glissements sans transition d'une époque à une autre et même si Gwyneth Paltrow ne me touche guère dans le rôle de Maud (l'un des personnages m'aillant déjà le moins marque dans le livre) il faut reconnaître que la distribution du film est exemplaire. Avec une mention spéciale pour le couple victorien interprété par deux acteurs connus des anglophones passionnés, Jennifer Ehle et Jeremie Northam que l'on à pu admirer notamment en Elisabeth Bennett dans la version de la BBC de "Pride and prejudice" ou en femme d' Oscar Wilde dans le film du même nom ,pour elle, et en Mr Knightley pour lui ,dans le film "Emma" ainsi que des seconds rôles dans par exemple "Carrington" ou "Gosford Park"...Bref des têtes qui ne peuvent vous être inconnues !!!!

Si l'on rajoute à cela une magnifique photographie des paysages anglais et une attention toute particulière de la part de la décoratrice et de la costumière (toutes deux récompensées auparavant pour leur travail avec Ivory) sur les deux atmosphères distinctes, passé et présent, vous aurez un bon aperçu de la tonalité du film.
Sans doute "La possession" (titre français du film) n'est-il pas un chef d'œuvre absolu mais il serait vraiment idiot de bouder son plaisir en passant à cote.
Je n'ai d'ailleurs pas tardé à faire partager ma délicieuse découverte autour de moi (le paternel l'ayant déjà vu deux fois) et je me suis empressé de trouver sur un site en ligne la copie de ce petit bijou pour, enfin, rendre à sa légitime propriétaire ce dvd si généreusement prêté.
Qui à dit que j'etais possédée ???
Lamousmé




