La maison de vie

Bienvenue chez Mr Bouch', Gabichou, Le Nain et Lamousmé...

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mercredi, novembre 29, 2006

Le Labyrinthe de Pan.


Alors voilà, je suis enfin allé voir le Labyrinthe de Pan. Depuis des mois que cette chère Fauna avait annoncée l'arrivée de ce film, j'attendais avec une impatience mélée d'anxiété de pouvoir à mon tour entrer dans ce Labyrinthe.
J'ai du patienter plus que d'autres car le "Pandora" (cinéma de ma ville) ne le programmais qu'a partir du 15 nov et que lorsque vous avez la chance d'avoir ce genre de salle (style Utopia) dans une aussi petite ville, alors que les grandes villes alentours sont infestées de multiplexes, croyez-moi vous vous faites un devoir de soutenir et d'augmenter la fréquentation d'un tel cinéma !
Bouleversée...c'est le premier mot qui me vient à l'esprit.
Envoutée serait le second.
Difficile pour moi de vous parlez de ce film, d'autant que Fauna et Holly en ont déjà si brillamment parlées. Même les critiques pour une fois sont quasi-unanimes. Tout à déjà été dit. "Une leçon de mise en scène." "Envoutant." "Une maestria sidérante." "Efficace et élégant."Brillant.""Le film du mois, remarquable.""Ceux qui l'ont vu ne s'en remettent pas."etc etc....peut-on lire ici et là.
Bien sur tout cela est vrai , mais pour ma part il m'en reste surtout le souvenir de cette comptine obsedante (point d'orgue du film) et la beautée du décor. Ce Labyrinthe m'a replongé dans mes envie d'archéologie d'enfance, et m'a rappelé avec force mon amour immodéré des vielles pierres (encore plus si elles sont abandonnées dans de sombres forêts). Tout le film je suis restée captivée par la splendeur incroyable de ce chemin envahit par le lierre, de cette porte vers l'autre monde. Je me suis laissée emmener dans ce récit où l'entrelacs des deux dimensions se fait de manière tellement imperceptible qu'il devient presque impossible de savoir si les deux mondes sont finalement si distincts.
En définitive le seul regret que j'ai, c'est d'avoir voulu garder pour moi seule cette entrée dans le labyrinthe et d'avoir vu le film sans personne pour me tendre les mouchoirs lors du générique de fin. J'aurais dû partager cette découverte avec ma meilleure amie, ma soeur, Mercédès. Elle est la plus à même de comprendre et de ressentir toute la force de ce film ,dans toutes ses dimensions, ses horreurs et sa grâce.
Je me suis déjà promis d'y retourner avec elle, en attendant je m'évade à nouveau dans la forêt près de chez moi à la recherche de Mon labyrinthe de Pan.


Lamousmé

mercredi, novembre 22, 2006

Equation amoureuse.

William Blake

Il m'a dit dans un sourire "on se croirait en plein Shakespeare ! "
C'était sa vision. Il nous voyait entraînés dans cette folle farandole de l'amour et se sentait impuissant. Pour lui l'équation était simple.
C aimait S qui ne l'aimait pas puisqu'elle était amoureuse de F , qui ne voyait que moi, si lointaine selon lui et tellement éprise de X. Et lui, F ,de conclure en riant que la grande question était de savoir de qui X pouvais bien être amoureux!?!



Je n'ai pas répondu. J'ai juste souri , puis dans une pirouette je l'ai taquiné en m'étonnant de sa grande culture et déclarant que le grand William avait raison que "Le fou, l'amoureux et le poète sont farcis d'imagination" lui demandant même dans qu'elle catégorie il se trouvait. J'aurais du choisir une autre citation.
Aujourd'hui je lui dirais que "L'amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l'âme", que je me fou des équations et que d'ailleurs je n'ai jamais compris les maths ,que moi je ne suis pas dans une chaîne mais dans une ronde, et que je tiens la main d'X comme je tiens la sienne, peut m'importe le reste.

Mais il a briser le cercle en quittant cette vie. Sans savoir. Emportant beaucoup de moi, laissant un peu de lui...
Et par une nuit d'été en plus!


"Il ne suffit pas de parler, il faut parler juste."
William Shakespeare (Le songe d'une nuit d'été)


A la mémoire de Frédérick

dimanche, novembre 19, 2006

Un seul être vous manque...


"Serre-moi" TRYO

et la ritournelle en devient obsédante...


jeudi, novembre 16, 2006

Les bobos

Depuis quelques temps maintenant, une concordance de souvenirs, de lectures, de reflexions (notamment de Mr Bouch') m'amène à me poser une question que vous allez peut-être trouver stupide mais qui me taraude sans cesse : C'est quoi être bourgeois aujourd'hui ?
Je m'explique.
Vous avez sans doute entendu sur vos radios la chanson de Renaud "Les bobos" qui bien que loin d'être excellente (surtout que, venant de lui , c'est l'hopital qui se fou de la charité!!! remarquez il l'avoue à la fin de sa chanson) m'avait fait rire et , forcément , avait aussitôt été suivi d'une demande d'explication de Mr Bouch': m'man c'est quoi les bobos ? (non ,ne pas répondre spontanement ,c'est ton père!! cela ne serais pas digne de moi. En plus se serais finalement faux. Comme quoi on case facilement les gens !!)


Alors c'est quoi un bobo? une contraction de bourgeois-bohème inventé en 2000 par un journaliste américain David Brooks dans son livre "Bobos in paradise".
Mais encore? Une catégorie socio-professionnelle aisée , progressiste et intellectuelle vivant dans de grands ensemble urbains et ayant investi les anciens quartiers populaire, pour la définition du dictionnaire.
Comment peut-on être progressiste et "conservateur et conformiste" (définition de bourgeois dans le dico) ?
Finalement c'est encore la théorie marxiste de la lutte des classes qui définie la bourgeoisie comme "la classe de la société qui possède les moyens de productions" comme la plus proche.
Et si l'on en croit Renaud:

Les Bobos
On les appelle bourgeois bohêmes
Ou bien bobos pour les intimes
Dans les chanson d'Vincent Delerm
On les retrouve à chaque rime
Ils sont une nouvelle classe
Après les bourges et les prolos
Pas loin des beaufs, quoique plus classe
Je vais vous en dresser le tableau
Sont un peu artistes c'est déjà ça
Mais leur passion c'est leur boulot
Dans l'informatique, les médias
Sont fier d'payer beaucoup d'impôts

Les bobos, les bobos
Les bobos, les bobos

Ils vivent dans
les beaux quartiers
ou en banlieue mais dans un loft
Ateliers d'artistes branchés,
Bien plus tendance que l'avenue Foch
ont des enfants bien élevés,
qui ont lu le Petit Prince à 6 ans
Qui vont dans des écoles privées
Privées de racaille, je me comprends

ils fument un joint de temps en temps,
font leurs courses dans les marchés bios
Roulent en4X4, mais l'plus souvent,
préfèrent s'déplacer à vélo

Les bobos,
les bobos
Les bobos, les bobos

Ils lisent Houellebecq ou philippe Djian,
Les Inrocks et Télérama,
Leur livre de chevet c'est Ciorand
Près du catalogue Ikea.
Ils aiment les restos japonais et le cinéma coréen
passent leurs vacances au cap Ferret
La côte d'azur, franchement ça craint
Ils regardent surtout ARTE
Canal plus, c'est pour les blaireaux
Sauf pour les matchs du PSG
et d'temps en temps un p'tit porno

Les bobos, les bobos
Les bobos, les bobos

Ils écoutent sur leur chaîne hi fi
France-info toute la journée
Alain Bashung FrançoiseHardy
Et forcement Gérard Manset
Ils aiment Desproges sans même savoir
que Desproges les détestait
Bedos et Jean Marie Bigard,
même s'ils ont honte de l'avouer
Ils aiment Jack Lang et Sarkozy
Mais votent toujours Ecolo
Ils adorent le Maire de Paris,
Ardisson et son pote Marco

Les bobos, les bobos
Les bobos, les bobos

La femme se fringue chez Diesel
Et l'homme a des prix chez Kenzo
Pour leur cachemire toujours nickel
Zadig & Voltaire je dis bravo
Ils fréquentent beaucoup les musées,
les galeries d'art, les vieux bistrots
boivent de la manzana glacée en écoutant Manu chao
Ma plume est un peu assassine
Pour ces gens que je n'aime pas trop
par certains côtés, j'imagine...
Que j'fais aussi partie du lot

Les bobos, les bobos
Les bobos,
les bobos



Cette description correspond bien il faut l'avouer (pas pour tout j'aurais des remarques ,mais bon) à un certain nombres de personnes qu'il m'arrive de fréquenter et à qui justement j'aurais tendance à reprocher leur "éloignement populaire". Essentiellement d'ailleurs parce qu' ils s'en revendiquent, d'être proche du peuple je veux dire!!

Bien entendu cela m'interroge aussi sur ma propre appartenance sociale.
Elections en vue obligent je suppose! Alors s'il est vrai que je m'étais obligée à éviter de parler politique ou boulot sur ce blog , je crains qu'on ne se refasse pas ;o)

Mon récent billet sur Cabourg, ville hautement symbolique de la bourgeoisie du début du 20 ème siècle, m'a ainsi rapellé cette frayeur que j'avais adolescente de devenir une de ces "bourges" qui hantaient les rues de la ville pendant les vacances scolaires. Facile à reconnaitre ils avaient tous le même uniforme et fréquentaient le même café, surnommé par ma cousine et moi "café des Cabourgeois" en contraste ave les habitants de Cabourgs, les Cabourgeais.

Pour une adolescente élevée dans une banlieue populaire, cette "haine" était fort compréhensible. D'autant qu'à l'époque je pouvais largement être moi-même éthiqueté de "bourge" par mes petits camarades de collège, puisque je vivais dans le quartier résidentiel de ma ville (en opposition quasi symétrique avec les HLM). De plus mon univers familial particulièrement aisé intellectuellement (un père journaliste, une mère politique, bien qu'issus tous les deux de milieux populaires) ne faisais qu'accentuer cette position inconfortable à l'age rebel.

Des années après (alors que je vis maintenant dans ses fameux HLM) on me reparle de ma "bourgeoisie". Vous comprendrez alors que je m'interroge encore sur le sujet.
Finalement nous sommes toujours le bourgeois de quelqu'un !


"Il est une chose mille fois plus dangereuse que le bourgeois, c'est l'artiste bourgeois,..."
Charles Baudelaire

dimanche, novembre 12, 2006

Le coffret


Que peux faire une Lamousmé grippée quand elle se retrouve seule, abandonnée tout un Week-end par Mr Bouch' ?
En premier, du thé. Des litres de thé même !
Ensuite trainasser toute la journée en pyjama pilou, musique douce et bouquinage à gogo.
Mais c'est surtout le moment idéal pour "s'enfiler" tout le coffret James Ivory acheté cette année et pas encore totalement visionné.
Autant dire 10 h de pur bonheur!!!
Il faut avouer que depuis ma découverte du cinéma de Mr Ivory à la sortie de "Maurice" en 1987, je ne m'en lasse pas. Je me souviens encore le choc de cette découverte et la passion qui m'avait emportée alors que j'étais au lycée St Sulpice à Paris en classe A3 cinéma (la première fournée de ce bac même!!) à tel point qu'à l'époque on ne me surnommais plus que " Mauricette"!!!
Depuis j'ai régulièrement eu l'occasion de revoir ses films, les anciens, traitant de l'Inde (magnifique "Shakespeare wallah") , les adaptations romanesque (James, Rhys) et les nouveaux, parfois plus Américain (patrie d'Ivory ne l'oublions pas) ou à nouveaux des adaptations littéraires (Ishiguro, James encore ) , mais j'avoue que 15 ans après la magie de " Maurice" est toujours intacte.
Alors là bien sur le plaisir est décuplé avec cette trilogie Forsterienne du tandem Merchant /Ivory. Si j'apprécie énormément le travail de réalisation de James Ivory et de son compère le producteur Ismail Merchant (décédé il y a quelque temps) je reconnais quand même une nette préférence pour les adaptations des romans de E. M. Forster (devenu garce à eux un de mes auteurs favori). Je crois que se sont là leurs plus grandes réussites. Avec une prédilection pour "Chambre avec vue" du point de vue artistique. Le plus pur film romantique jamais vu, sans aucune mièvrerie pour autant. D'ailleurs l'affiche orne la porte de ma chambre et Héléna Bonham-Carter reste pour moi le modèle absolu de l'actrice anglaise, dans toute sa complexitée (ce que sa carrière prouvera bien par la suite).
Et bien sur "Maurice" qui pour des raisons précédemment évoquées reste mon "chouchou", avec une distribution grandiose (James Wilby, Rupert Graves et Hugh Grant à ses débuts dans son meilleurs rôle assurément) une photographie sublime de Pierre Lhomme, une musique envoutante de Richard Robbins (qui tourne à nouveau dans mon lecteur depuis) et bien sur toujours cette évocation de l'Angleterre Edouardienne, à la fois poignante, malicieuse et fascinante dans l'affrontement entre désir et règle.
Bref imaginer la délectation de visionner à la suite "Chambre avec vue","Maurice" et "Retour à Howards End" entrecoupé par des bonus comme un portrait de E.M.Forster (de la BBC) des interviews de James Ivory et Ismail Merchant et surtout surtout (la midinette s'est réveillée! ;o) ) des interviews des trois acteurs de "Maurice" plus des scènes coupées commentées par Ivory....l'extase!!!!!!!!
Un Week-end au paradis en somme.



Lamousmé

jeudi, novembre 09, 2006

Mort d'un "hussard"...


Ce petit billet est dédié à BLS que cette disparition touche beaucoup.

Ce Week-end est tombée comme un couperet l'annonce du décès de Bernard Frank. Une mort à son image sans doutes, dans un restau devant une bonne bouteille à parler de politique...
Il n'aura pas longtemps survécu à sa grande amie Sagan. L'ironie du sort voulais que justement ce jeudi soir La dilletante organise une petite soirée où Bernard Frank serait présent pour "lancer" la biographie que lui consacrait son ami Henri-Hugues Lejeune aux editions Robert Laffont...Justement se sera une belle veillée funèbre hasardais-je pour réconforter BLS. Et apparemment l'idée avait du bon car au moment où j'ecris ces lignes, cette soirée se déroule et rend hommage ainsi à l'auteur des "rats".
Pour ma part je ne connaissais Bernard Frank que comme chroniqueur (ayant toujours tellement de mal avec les auteurs contemporains qui plus est Français) au Nouvel Obs, mais je fais confiance au critique littéraire de la famille pour croire en son talent. J'ai ainsi un souvenir de chroniques sur la télévision assez délicieuses qui partaient en général dans des digressions incroyablement éloignées de la tv mais néamoins réjouissantes. Je ne peux donc que conseiller aux éventuels lecteurs de ce billet de se plonger dans ses livres (comme je le ferais) ainsi que sa dernière chronique publiée aujourd'hui même dans l'Obs, car je ne connais pas meilleur hommage à rendre à un écrivain que de le lire !!

Lamousmé

mercredi, novembre 08, 2006

Lettre d'Albert Samain


Comme ça juste pour le plaisir et parce que je trouve que ça fait un moment que je n'ai pas parlé de Rossetti ;o)

A Raymond Bonheur

Samedi matin 30 avril 1887.

Mon cher Ami,

Vous avez reçu mon télégramme, et j'espère que vous aurez compris que je ne vous manquais pas de parole, mais que je reculais devant le temps par trop décourageant.
J'ai sondé le ciel ce matin. Tendu d'un bout à l'autre d'une désespérante couche gris de plomb, il m'a navré.
D'autant plus que cette tristesse dont il me pénétrait les yeux ici, à Paris, me serait, j'en suis sûr, descendue jusque dans l'âme, dans la grande solitude morne de la campagne à laquelle je ne suis pas fait comme vous.
J'avais aussi compris dans mon programme une promenade de nuit, une belle promenade ruisselante d'étoile, et je sentais qu'il la fallait irrémissiblement biffer. Tout cela a secoué mes résolutions, et c'est ainsi que je vous écris cette lettre au bureau, toutes fenêtres fermées, sous un jour blafard d'hiver, avec une basse lointaine faite des roulements de voitures dans la place du Carroussel, que je n'ai jamais entendue plus mélancolique en novembre.
J'aurais voulu pourtant vous voir. Je vous apportais quelques pièces de Rossetti, que j'ai traduites. Comme vous me l'aviez dit, c'est délicieux. D'une suavité d'imagination et d'une poésie de rêve extraordinaires. J'ai beaucoup de mal à traduire. Le texte ne se laisse pas violer commodément, d'autant plus qu'à la concentration hyper-elliptique de la forme s'ajoute la concentration quintessencielle de l'idée. Je ne réussis pas toujours d'ailleurs, et j'ai été obligé de laisser là
plus d'un passage où, malgré toutes mes sommations, le sens se dérobait,
irréductible. Je vous montrerai ces passages. Peut-être à deux serons-nous plus
heureux ? D'ailleurs, je ne considérerais pas cela comme une défaite absolue,
car j'ai lu dans la Préface que Rossetti avait lui-même donné des commentaires
de certains sonnets, comme Dante l'a fait dans la Vita Nuova.

Je ne me rappelle plus ce que vous m'aviez dit avoir entendu de Rossetti. N'est-ce pas La Demoiselle Bénie, ou La Demoiselle Bienheureuse, comme vous voudrez ?... En tous les cas, c'est bien ce que vous m'aviez dit, d'une inspiration exquisement blanche, d'une atmosphère diaphane et idéale, ou les visions presque sans corps, toutes flottantes en lignes, se meuvent dans une musique lumineuse...Au fond de tout cela, un flux de tristesse continue et monotone, qui s'accumule à certains moments et se résout en une sorte de poignance
Je ne sais si j'aurais le courage et la force de volonté d'aller jusqu'au bout; car l'oeuvre est longue, et mes moyens sont faibles. En tous cas, ce que j'ai trouvé jusqu'ici m'encourage beaucoup. Je vous enverrai peut-être d'ailleurs ce que j'ai traduit, la semaine prochaine. Vous tâcherez de vous débrouiller dans mon griffonnage, et vous ne creuserez pas trop là où le terrain vous manquera. C'est que je n'aurais pas compris moi-même.
Je voudrais aussi vous envoyer quelques vers dont je vous avais parlé; mais il faudrait mettre au point plusieurs passages : car, tels quels, c'est trop défectueux, ou incomplet ; et je ne me suis pas encore trouvé dans l'heure où l'on fait, comme d'avalée, ces besognes d'un abord ennuyeux.
Et vous, avez-vous travaillé beaucoup ? Il y a longtemps, j'espère, que vous êtes remis de votre fièvres de Paris. La Bonne Terre a déjà apaisé tout cela...

Albert Samain

lundi, novembre 06, 2006

Du côté de chez Proust...


CABOURG ! station
balnéaire et ville de "Bains de mer " crée au second Empire.
"Cabourg-les-Bains " construite de manière si particulière avec toutes ses rues qui partent en éventail du Grand Hôtel et de son casino.
Mon deuxième chez-moi...ma résidence secondaire comme on dit pompeusement.
Cette ville plus que toute autre est mon refuge ma bouffée d'oxygène, quand j'ai grand besoin de repos je ne connais rien de plus apaisant que la mer et Cabourg !



C'est d'ailleurs pour soigner son asthme chronique que l'un des plus illustres visiteurs de Cabourg, Marcel Proust, séjournera chaque été, de 1907 à 1914, au Grand Hôtel " où il se sent bien ".
En 1907 alors qu'il hésite à venir en Normandie ou en Bretagne il lit dans Le Figaro (journal où il écrit régulièrement des chroniques) qu'un hôtel avec tout le confort moderne ouvre en juillet à Cabourg : le nouveau Grand Hôtel. En souvenir des jours heureux passés, enfant, sur la côte normande, il décide d'y venir faire un séjour. Son asthme se calme ; il peut enfin sortir : " …Ayant appris qu'il y avait à Cabourg un hôtel, le plus confortable de toute la côte, j'y suis allé. Depuis que je suis ici, je peux me lever et sortir tous les jours, ce qui ne m'était pas arrivé depuis six ans… " (lettre à Madame de Caraman-Chimay - Août 1907 - Grand-Hôtel).
Il visite les cathédrales et les cités historiques du voisinage (Bayeux, Caen, Balleroy, Lisieux, Pont Audemer…) en automobile, conduit par divers chauffeurs dont Alfred Agostinelli. Il observe la vie mondaine du Palace et fait parler les riches clients de la haute aristocratie mais aussi les grooms ou les maîtres d'hôtel. Se sentant bien à Cabourg, il y reviendra chaque été de 1907 à 1914. Ces séjours inspireront des pages inoubliables d'A la recherche du temps perdu, notamment dans A l'ombre des jeunes filles en fleurs et Sodome et Gomorrhe. Il aime l'atmosphère du Palace : " Je vous écris après un voyage terriblement mouvementé…en automobile… A cinq heures du matin, en arrivant dans cet hôtel où je reviens pour la sixième année et où je suis très bien… " (lettre à Reynaldo Hahn - 1913). Client difficile, il vit au même rythme qu'à Paris : travail d'écriture la nuit, sommeil le jour. Il dîne le soir tard dans la vaste Salle à Manger qu'il compare à un " aquarium " avant de jouer parfois (et de perdre souvent) au baccara, au Casino voisin. Il est très exigeant sur le bruit, le froid et l'humidité.
Si le temps le permet, il visite parfois ses amis en villégiature sur la Côte : à Bénerville, par Blonville, les Guiche et Louisa de Mornand ; à Trouville, au Clos des Mûriers, les Straus…. Il s'arrête en passant à la maison Rossignol, fleuriste à Houlgate, pour leur acheter des fleurs.
Le soir venu, il lui arrive, si la température est douce et le vent absent, de sortir de l'hôtel et de marcher sur la digue, la " Terrasse de la Mer " : " J'ai rencontré sur la digue de Cabourg Lucy Gérard. C'était un soir ravissant où le coucher du soleil n'avait oublié qu'une couleur : le rose. Or sa robe était toute rose et de très loin mettait sur le ciel orangé la couleur complémentaire du crépuscule. Je suis resté bien longtemps à regarder cette fine tache rose, et je suis rentré, enrhumé, quand je l'ai vue se confondre avec l'horizon à l'extrémité duquel elle fuyait comme une voile enchantée. " (lettre à Louisa de Mornand - 1908).
Souvent, il contemple de la fenêtre de sa chambre du Grand Hôtel les mouvements de la marée : " …le soleil me désignait au loin d'un doigt souriant ces cimes bleues de la mer qui n'ont de nom sur aucune carte géographique, jusqu'à ce qu'étourdi de sa sublime promenade à la surface retentissante et chaotique de leurs crêtes et de leurs avalanches, il vînt se mettre à l'abri du vent dans ma chambre… " (Jeunes Filles en fleurs).
J.-P. Henriet


Moi j'y suis venue "jeune fille en fleurs" et depuis je parcours inlassablement la promenade (rebaptisé Marcel Proust) à la recherche de "mon" temps perdu...
Cette ville est pour moi , qui suis fascinée par la mémoire et le temps, une madeleine. Chaque coin de rue, grain de sable me ramène au passé , à mes souvenirs et mes fantômes.
Le temps disparait et les "habitudes" refont surface, presques des rites : ballade rue de la mer, seule rue commercante de la ville, jusqu'au casino, puis la promenade, et enfin l'arrêt incontournable au bar du casino ou je me remets à la broderie que je délaisse tout le reste de l'année.


La promenade


Le bar du casino


La broderie du jour




Sur la promenade Marcel-Proust, le Grand Hôtel. "Palace du bord de mer hanté par le souvenir de Marcel Proust sa chambre attitrée est reconstituée à l'identique (chambre 414). Pour nostalgiques d'un temps perdu enfin retrouvé"(Guide Rouge, 2001).


"Aujourd'hui, la chambre 414 est prudemment nommée "Souvenir de Marcel Proust". Plus de "lift" fripon pour tenir le manche, mais un groom parfait. Dans les couloirs, des couples d'Anglais qui ne dissimulent même pas leur hétérosexualité vont se coucher de bonne heure. Depuis longtemps, semble-t-il.

Inspection de la 414: les rideaux sont plus rouges que "violets" (relire sur ce point A l'ombre des jeunes filles en fleurs). De la fenêtre, rien à dire, les vagues ont bien l'air de crêtes de montagne. La hauteur sous plafond n'y est pas. Non plus que la cloison pour communiquer avec la grand-mère. En fait, vu d'en bas, du club Mickey (en effet, il dépare), le belvédère décrit est à côté. Le reste est en place. Au mur, la vue de Delft. Bien. En revanche, plus de "petites bibliothèques à vitrines qui courent le long des murs", mais une seule : avec œuvres de Proust "grand caractère" (les Anglais ont personnellement connu la grand-mère du narrateur), expurgées de Sodome et Gomorrhe (dommage).

Saint-Simon, Balzac, Flaubert à "La Pléiade". Ni pendule ni "grande glace à pieds arrêtée en travers de la pièce" (regrettable pour les fantaisies British) et water-closet dans la salle de bains (un rien plus grande qu'un trois-pièces cuisine boulevard Saint-Germain). En y entrant, le petit génial Marcel écrivain se sentit affreusement seul (envie de mourir). Tiens, avec le temps, l'odeur de vétiver s'est estompée." Francis Marmande




Evidemment si Marcel Proust doit beaucoup à Cabourg, la cité lui doit elle même ces lettres de noblesses en ce 21 ème siècle. Désormais tout tend à rapeller la mémoire du grand homme qui y a séjourné.

Ma boutique de broderie...


Mais la petite ville normande à beau être un haut lieu touristique l'été (d'ailleurs je n'y séjourne quasiment jamais à cette période) elle réussit à garder son charme le reste du temps, avec son air romantique et un subtil mélange de tradition, de modernité, d'esprit familial autant que bourgeois...tout un art qui ne cesse année après année de m'étonner et de me séduire.
Et dans un secret espoir j'attends le moment où je partagerais , enfin, cette fameuse chambre 414 avec l'homme de la situation, tout comme je n'irais à Venise qu'avec celui qui s'y harmonisera...et rien ne dit que ce sera le même !!! ;o)

Lamousmé



jeudi, novembre 02, 2006

Le jeu-photo de Mr Bouch'

Une mère à la mer...


Une grand mère au casino...
Devinez où nous venons de passer les vacances de Toussaint ?